Glossaire

Bande "Voie des Ânes"

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Composition de la bande Voie des Anes La bande enherbée de la Voie des Ânes (VdA) a été implantée en 2008, mesure 538 mètres de long et totalise environ 0.5 hectares en surface totale. Elle est située au nord du parcellaire et communique directement avec la bordure du camp militaire de Suippes. De ce fait, elle constitue l'entrée du corridor écologique pour la faune et la flore habitant la zone du camp militaire. Il sera donc intéressant de comparer les relevés faits en bordure d'une zone non cultivée semi-naturelle et classée NATURA2000, à ceux faits dans une bande enherbée encadrée de cultures. Une interprétation pluriannuelle des relevés permettra de constater un éventuel basculement des populations indigènes au camp vers le corridor écologique.

La composition de la bande pour l'année 2010 est représentée sur le schéma ci-contre. On différencie:

  • La partie centrale : laissée en couvert spontané sur une largeur de 4 mètres, elle joue le rôle de corridor. Elle fait donc partie des trois bandes du projet non semées avec Malinet et Favruche. L'intérêt du couvert spontané est de mettre en évidence les pressions exercées par les paramètres de l'environnement: nature du sol, précédents culturaux, âge de la bande, climat, etc.

  • Les bordures : elles ont un rôle de protection par rapport à la partie centrale vis à vis des pressions liées aux cultures adjacentes. Ainsi, elles font barrière aux éventuelles adventices présentes dans la parcelle et ont un effet tampon par rapport aux traitement appliqués sur champ. Le mélange TSF (Trèfle-Fétuque-Sainfoin) est un mélange prairial classique offrant une bonne couverture surfacique, une forte adaptabilité aux sols calcaires et une hauteur suffisante pour protéger la bande centrale. Les bordures ont fait l'objet d'une gestion différenciée puisque seule la bande ouest a été fauchée à la date du 25 Août 2010.

La bande enherbée est encadrée par une parcelle contenant une culture de betteraves à l'est et une parcelle contenant une culture de pommes de terre à l'ouest. C'est d'ailleurs cette dernière culture qui est à l'origine des phénomènes de piétinement constatés sur la bande (passage réguliers de véhicules). Résultats et interprétations fleche Populations d'insectes Les données brutes se présentent sous la forme de comptages des populations d'insectes sur tous les pièges Barber confondus (triples et directionnels). Ces comptages incluent :
  • Les carabes : différenciés par taxons (ex : Pseudoophonus rufipes)
  • Les autres insectes collectés par les pièges au sol : différenciés plus généralement (diptères, charançons, araignées, etc.)

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carabes
Anchomenus Dorsalis Taille : entre 6 et 8 mm
Aspect : bicolore vert et orange avec une tâche postérieure bleuâtre
Système alaire : macroptère
Régime alimentaire : prédateur généraliste
Habitats : milieux ouverts, cultures, jardins

Cette espèce de carabe n'a pas été comptabilisée de manière significative sur la Voie des Ânes pour l'année 2010.

Crédit photo : Sanja565658 - Travail personnel , CC BY-SA 3.0, Lien

Calathus fuscipes Graphique_C.fuscipes Taille : entre 12 et 18 mm
Aspect : corps noir, pattes rousses
Système alaire : aptère
Régime alimentaire : polyphage
Habitats : Principalement milieux ouverts et secs




On constate que le premier pic d'abondance attendu entre mai et juillet n'est presque pas visible sur la parcelle. On peut supposer que C.fuscipes étant une espèce à ponte estivale (Andersen, 1985), son activité au sol est donc moins importante au printemps qu'en été. Cela implique donc moins d'individus collectés via les pièges Barber. De plus, la faible couverture offerte par les betteraves au printemps a pu dissuader les carabes d'évoluer au sol.

Le second pic d'abondance, lié à la ponte estivale, est en revanche bien marqué à la fois sur la parcelle VdA et la parcelle témoin. La forte pluviométrie ayant eu lieu mi-Août à pu avoir une influence sur le fort nombre d'individus relevés.

L'abondance de cette espèce suit la tendance déjà observée en 2009 (Lien). En effet, C.fuscipes est représentative des milieux cultivés. Il est donc logique que ses populations se maintiennent sur la Voie des Anes, parcelle cultivée d'année en année.

Crédit photo : Mick Talbot, Lincoln (U.K.), England - Coleoptera - Calathus fuscipes, CC BY 2.0, Lien

Calathus luctuosus Graphique_C.luctuosus Taille : environ 14 mm
Aspect : corps noir à reflets verdâtres, pattes brunâtres
Système alaire : aptère
Régime alimentaire : prédateur généraliste
Habitats : friches, forets





Peu d'informations sont connues à propos de cette espèce de carabe. Elle partage le genre Calathus de C.fuscipes mais contrairement à cette dernière, elle aurait une préférence pour les habitats forestiers (Ctifl, 2011). C'est une espèce qui a déjà été trouvée dans la Marne au cours de ces dernières années. Elle est rare dans la zone de répartition nationale mais ses populations peuvent être abondantes dans ses zones de prédilection. C'est le cas ici puisque plus d'une centaine d'individus ont été capturés lors d'un passage en Août.

Cette espèce est également présente sur les autres bandes enherbées de l'étude, mais en effectifs moindres. Cette différence d'effectifs pourrait s'expliquer par la situation de la Voie des Ânes : il s'agit de la bande reliée au camp militaire, réservoir de biodiversité. On peut donc imaginer qu'une partie des effectifs de C.luctuosus capturés sur la bande proviennent de cette zone plus apparentée à un milieu boisé.

Crédit photo : ©entomart, Attribution, Lien

Carabus violaceus Taille : entre 20 et 34 mm
Aspect : corps et pattes noires, bordure des élytres violettes
Système alaire : aptère
Régime alimentaire : prédateur généraliste
Habitats : Polyvalent mais préférence forestière

Cette espèce de carabe n'a pas été comptabilisée de manière significative sur la Voie des Ânes pour l'année 2010.

Crédit photo : Auteur : Monika Betley Année: 2005 Lieu : Beskid Niski, Poland

Poecilus cupreus Taille : entre 20 et 34 mm
Aspect : corps cuivreux à reflets verts et bleus métalliques, pattes noires
Système alaire : macroptère
Régime alimentaire : prédateur généraliste
Habitats : Préférence pour les cultures

Cette espèce de carabe n'a pas été comptabilisée de manière significative sur la Voie des Ânes pour l'année 2010.

Crédit photo : James Lindsey, Ecology of Commanster, CC BY-SA 3.0 , Lien

Pseudoophonus rufipes Graphique_P.rufipes Taille : entre 10 et 16 mm
Aspect : corps brun-noir, pattes rougeâtres
Système alaire : macroptère
Régime alimentaire : régime mixte
Habitats : polyvalent mais préférence pour cultures




P.rufipes est un hôte connu et régulier des parcelles cultivées. Les nombreuses études réalisées sur cette espèce nous permettent d'émettre plusieurs hypothèses sur le graphique d'abondance ci-dessus. Ces deux pics peuvent correspondre à deux populations indépendantes (Matalin, 1995). La population culminant en Juillet, observée uniquement sur le témoin, se reproduirait préférentiellement sur des céréales d'hiver (ici blé d'hiver). La seconde population, mise en évidence sur la voie des Ânes par un large pic s'étendant d'Août à Septembre, se reproduiraient plutôt sur les cultures (bis)annuelles (ici betteraves). Ces deux populations sont également mises en évidence sur les courbes de tendance de 2009 (Lien)

P.rufipes étant une espèce volante familière des cultures, sa répartition homogène sur la Voie des Ânes et le témoin n'est pas surprenante. En revanche, le fait qu'elle soit peu ou pas représentée sur les autres bandes de l'étude soulève un questionnement.

Crédit photo : gbohne , Berlin, Germany - Pseudoophonus rufipes (Carabidae), CC BY-SA 2.0, Lien

Pterostichus melanarius Graphique_P.melanarius Taille : entre 12 et 18 mm
Aspect : corps et pattes noirs
Système alaire : dimorphe
Régime alimentaire : prédateur généraliste
Habitats : polyvalent mais préférence pour cultures




Les faibles effectifs capturés sur la parcelle ne permettent pas de mettre clairement en évidence les pics d'abondance de P.melanarius. Les résultats semblent cependant cohérents avec la bibliographie (Matalin, 2004), qui trace un premier pic en Juin-Juillet et un second en Août. Dans les parcelles cultivées, on observe généralement une dominance des espèces préférant ces milieux. Ici, si P.rufipes a des effectifs dominants, P.melanarius est en retrait par rapport a des espèces forestières comme C.luctuosus. On peut donc émettre l'hypothèse que la proximité du camp militaire joue un rôle dans la régulation des populations de carabe dans la zone de la Voie des Anes.

En comparant les résultats de 2010 à ceux de 2009 (Lien), on voit que les effectifs de P.melanarius capturés ont baissé de manière spectaculaire (-90%). le changement du protocole de piègeage entre les deux années a pu jouer un rôle dans la diminution des individus capturés mais les autres facteurs de cette diminution ne sont pas décelables sur une étude de deux ans.

Crédit photo : James Lindsey, Ecology of Commanster, CC BY-SA 3.0, Lien

Trechus quadristriatus Taille : environ 4 mm
Aspect : corps et pattes bruns
Système alaire : macroptère
Régime alimentaire : spécialiste collemboles
Habitats : milieux ouverts et secs, cultures, haies et jardins

Cette espèce de carabe n'a pas été comptabilisée de manière significative sur la Voie des Ânes pour l'année 2010.

Crédit photo : Francisco Welter-Schultes - Travail personnel, CC0, Lien

Remarque : Les espèces suivantes ont été observées sur la bande mais dans des effectifs moindres : Carabus violaceus, Poecilus cupreus, Haparlus rubripes

Interprétations générales

Il est intéressant d'observer que Pseudoophonus rufipes et Pterostichus melanarius sont les espèces les plus fréquemment retrouvées sur les cultures de betteraves (cf. Etudes Fredon CA). Cela met en évidence l'influence de la culture sur les populations de carabes d'une parcelle. Si on observe les effectifs, on remarque une dominance globale du genre Calathus spécifique sur l'année 2010 et marquée sur la période août-septembre. Cette dominance n'est pas constatée dans le champ témoin : il y a donc un ou des facteurs influant sur la diversité et abondance des différentes espèces de carabes.

Graphique_Bray-Curtis En s'appuyant sur la bibliographie (Varcholaa, 1999), on peut opposer le système complexe de la parcelle VdA comportant une culture de betteraves, une bande enherbée et un réservoir de biodiversité proche (camp militaire) au système témoin, plus simple (parcelle de blé isolée). L'indice de Bray-Curtis traduit la différence observée entre les populations de deux échantillons. Cet indice va de 0 (espèces identiques dans les deux échantillons) à 1 (aucune similarité entre les espèces des deux échantillons). Le graphique ci-contre montre ainsi que les populations des deux parcelles se différencient de plus en plus au fur et à mesure de l'année. Cette différenciation peut donc être due à l'influence des bandes et de la zone source.

flecheGroupements végétaux
fleche Légende
La bande Voie des Anes est sans doute celle qui présente le plus de diversité au niveau phytosociologique en dépit de sa gestion simple. En effet, elle comporte :

  • des communautés rudérales : les bordures nord et sud de la bande jouxtent des chemins de terre régulièrement utilisés pour l'accès au parcelles et des phénomènes de piétinement ont été observés sur toute la longueur de la bande. Ce type d'environnement se compose majoritairement d'adventices durablement installées. C'est donc un milieu pauvre en diversité floristique et qui évolue peu au fil des années. Ce sont aussi des communautés qui profitent des pratiques culturales puisque beaucoup d'espèces sont également des commensales des cultures et se développent favorablement sur sol nitrophile.

  • des communautés commensales des cultures : la classe Stellarietea media est largement représentée sur cette bande (50% des espèces représentatives y sont présentes) principalement par des adventices annuelles telles que Stellaria media (Mouron des oiseaux) ou Galium aparine (Gaillet gratteron). La présence de ces groupements est une conséquence directe de l'abandon récent des cultures sur la bande. Ces populations floristiques pauvres et durablement implantées ont donc peu d'intérêt environnemental même si elles offrent une couverture de refuge et une aire d'alimentation pour les oiseaux et micro-mammifères. On remarquera également que les communautés identifiées dans les syntaxons inférieurs (C.cyani et C.lappulae) sont caractéristiques des sols calcaires et basiques ce qui est cohérent avec la géologie de la région (Champagne Crayeuse).

  • des communautés prairiales : la classe Arrhenatheretea elatioris, très vaste, englobe un grand nombre des espèces prairiales des milieux calcaires moyennement fertiles. Dans la Voie des Anes, 40% des espèces y sont représentées ce qui montre un bon établissement du couvert spontané. Les trois ordres découlant de A.elatioris ont une présence moyenne dans la bande enherbée. Ces ordres sont caractéristiques des prairies perturbées comme celle-ci : piétinement, fauche de la bordure ouest, fauche de la partie centrale à l'implantation. Il est donc logique de retrouver ces groupements. T.repentis - P.pratensis décrit également des communautés communément pâturées qui pourraient aussi exister dans les zones de savart du camp militaire, historiquement pâturées par des ovins.

  • des communautés de pelouse et pré-forestières : bien que moins présentes que les autres types de communautés, leur présence est importante puisqu'elles montrent l'influence des zones sources sur l'évolution de la végétation. On retrouve par exemple dans la bande Thymus praecox (Thym couché) ou plusieurs espèces de brome (Bromus hordaceus et Bromus sterilis) qui caractérisent la partie non arborée du camp de Suippes. Selon le mode de gestion choisi par la suite, on peut imaginer l'apparition d'une strate fruticée dans la bande avec des groupements caractéristiques qui y correspondent (ex: C.monogynae - P.spinosa qui contient beaucoup d'espèces arbustives).

Evolution de la végétation VdA
Évolution de la végétation sur la bande Voie des Anes

Cette forte diversité des groupements est dominée par les communautés rudérales et culturales et ce malgré l'absence de gestion de la bande. Avant l'implantation de la bande enherbée en 2008, la zone de relevé faisait partie intégrante des parcelles cultivées alors en système conventionnel. De ce fait, ces sols étaient encore récemment amendés, travaillés, traités voire laissés à nu. Ces pratiques ont eu un impact sur la biologie du sol (vers de terre, activité microbienne, micro-mammifères) et la pédologie (pH, cycle des matières, granulométrie, structure, porosité, etc.). L'évolution naturelle d'un sol se déroulant sur une échelle de temps de plusieurs dizaines d'années (Knops et Tilman, 2000), il est donc logique de retrouver ces communautés 2 ans seulement après l'abandon des cultures. De plus, le piétinement favorise l'apparition de telles communautés. Si le phénomène était amené à se poursuivre, on pourrait même constater l'apparition de la classe P.arenastri - P.annuae, typique des milieux "hyperpiétinés". En tout état de cause, il serait pertinent d'actualiser aujourd’hui ces relevés (soit 10 ans après l'abandon des cultures) afin d'étudier l'évolution de ces groupements végétaux.


flecheComparaison entre bandes enherbées sous_flecheFlore Diversité végétale VdA En ce qui concerne la flore, on comparera VdA avec les autres bandes ayant été laissées en couvert spontané (Malinet et Favruche) et les zones témoins (Chemin et abords du camp militaire). Le graphique à droite montre le nombre total d'espèces végétales recensées sur l'année 2010 pour chaque bande.

On peut y constater que VdA affiche la plus grande diversité de toutes les bandes de l'étude avec 90 espèces. Ce résultat est cohérent avec l'abondance des groupements phytosociologiques recensés. Il est intéressant de constater que Malinet, la bande adjacente à VdA, comptabilise moins d'espèces végétales au total. Ses communautés prairiales sont en effet beaucoup moins présentes que sur VdA. Cette écart est lié à la différence d'âge entre les deux bandes (VdA étant plus ancienne d'une année). On peut donc émettre l'hypothèse que dans les premières années, l'établissement des espèces prairiales contribue de manière significative à l'augmentation de la diversité floristique au sein d'un couvert spontané.

Remarque : Les deux témoins (camp militaire et champ témoin) donnent une idée de la diversité apportée respectivement par les zones pré-forestières et les zones de cultures.
sous_flecheFaune Effectifs des insectes VdA La faune est influencée par la flore environnante via une multitude de critères : présence de plantes hôtes, protection offerte par la couverture foliaire, facilité de déplacement relative à la densité du couvert, pérennité du couvert, humidité apportée par la végétation, etc.(Bourassa et al, 2008) Certains de ces facteurs ont donc influencé l'abondance des insectes selon les bandes pour l'année 2010.

De manière générale, les insectes sur la voie des Ânes sont significativement moins présents que sur d'autres bandes ainsi que le témoin. C'est aussi une bande encadrée par deux cultures exigeantes en phytosanitaires, la pomme de terre et la betterave sucrière. La quantité d'insecticides apportée sur les parcelles a potentiellement impacté les populations d'insectes de manière négative. Les carabes et les diptères semblent être les ensembles d'insectes les plus touchés par cette baisse sur VdA.